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Full text of "La question de nationalité en Hongrie"

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PAR 

ÂRPÂD de GÂLOCSY 





* LÏNTÉQRITÉ TERRITORIALE DE LA HONGRIE 
BUDAPEST, 1919 






PAR 

ÂRPÂD de GÂLOCSY 




LIGUE POUR L'INTÉGRITÉ TERRITORIALE DE LA HONGRIE 
BUDAPEST, 1919 



IMPRIMERIE DE LA SOCIÉTÉ PALLAS. 
BUDAPEST, 1919. 



LA QUESTION DE NATIONALITÉ 
EN HONGRIE. 



I. Aperçu historique. 

La Hongrie, du IX e au XVII e siècle a vécu 
presque continuellement entre ses frontières 
actuelles, sans qu'il soit question de natio- 
nalité. 

Dans ce pays qui forme une parfaite unité 
géographique, les habitants vécurent ensemble 
en paix, ayant, quelle qu'ait été leur langue, 
une situation égale. 

A la fin du IX e siècle, lorsque les Hongrois 
occupèrent ce pays, ils ne trouvèrent sur ce 
territoire aucun État constitué. La majeure 
partie du pays était inhabitée à cause des grandes 
forêts vierges et des marais d'une grande étendue, 
le reste était habité par de petites tribus 
disséminées, détachées des peuples de la grande 
migration, des Slaves, des Francs, des Goths etc. ; 
mais la plus grande partie était composée des 
peuples apparentés aux Hongrois. Les SzéJcely, 
d'après quelques uns, descendants des Huns 

2 



occupaient le sud-est du pays, les descendants 
des Avares, les confins de la frontière de l'ouest, 
les Kazares le nord-est, les Jasz (Jazig) le 
territoire entre le Danube et la Tisza, et les 
Bulgares qui n'avaient encore rien de commun 
avec la race slave, le sud. Les tribus qui s'y 
trouvaient et qui parlaient une langue très 
semblable au hongrois, s'assimilèrent bientôt 
complètement à eux. L'assimilation des autres 
peuples non apparentés se fit aussi rapidement 
et ils se fondirent entièrement avec les Hon- 
grois, car ceux-ci ne les traitèrent pas en 
peuples conquis et asservis, mais en frères. 

Les citoyens de langue étrangère, qui vivent 
en Hongrie, sont sans exception des étrangers 
venus plus tard, soit appelés par les Hongrois 
pour s'y coloniser, soit comme réfugiés, et ils 
y trouvèrent toujours une demeure hospitalière. 
Au point de vue des droits civiques, même 
pour ceux-ci, la langue maternelle n'a jamais 
joué aucun rôle. Ainsi que les Hongrois assi- 
milateurs qui selon l'usage européen se divi- 
saient en trois catégories : nobles, bourgeois et 
serfs, les immigrés furent également répartis 
dans ces trois états d'après leur profession. 
En outre, ceux qui se distinguaient par leurs 
mérites pouvaient s'élever à un état supérieur. 
La généalogie de la noblesse hongroise prouve 
suffisamment que les Hongrois ont le plus 



largement et le plus fraternellement possible 
accordé le droit. Dans les luttes millénaires 
comme dans la guerre mondiale, ce furent les 
Hongrois qui versèrent le plus de sang; pour 
suppléer aux pertes, on appela des étrangers. 
Les effets de cette formation de la population 
furent qu'en Hongrie les nationalités ne vivent 
pas dans des provinces limitées, les langues 
se sont entremêlées et leurs frontières se sont 
effacées. Dans certaines régions non hongroises, 
il se trouve des parties tout à fait hongroises 
ou tout au moins, dont la grande majorité est 
hongroise. L'échelle de la répartition des na- 
tionalités montre clairement, comment s'est 
faite la colonisation. Au nord, sous la pression 
des Russes pénétrèrent des Polonais, au sud 
sous la pression des Turcs, des Croates, des 
Serbes et des Roumains (Valaques), et à me- 
sure qu'ils avancèrent vers le centre du pays, 
ils s'unirent aux Hongrois. Ce procédé d'in- 
filtration est démontré aussi de nos jours par 
l'affluence des Juifs venant de la Pologne. 
La tolérance des Hongrois au point de vue 
des nationalités, aussi bien qu'au point de vue 
de la religion, leur esprit chevaleresque, leur 
hospitalité et leur pitié pour les malheureux 
eurent ce résultat, que les étrangers y de- 
vinrent en peu de temps Hongrois par les 
sentiments et par la langue. 

2* 



Ce fait d'une part et d'autre part la mi- 
gration des peuples dans les premiers siècles 
de la conquête hongroise qui amena des trou- 
pes considérables apparentées aux Hongrois, 
comme les Bessenyô, Palôc, Kun, Jâsz, Matyô, 
Barkô — expliquent que malgré le sang" versé 
continuellement, les Hongrois soient aujourd'hui 
plus nombreux que jamais dans le pays. Si 
au lieu de s'être unie à l'Autriche, la Hongrie 
était restée un État indépendant sous son 
propre souverain, elle serait aujourd'hui plus 
unie que n'importe quel autre État d'Europe 
par la langue et par le sentiment. Quand à 
Mohâcs, les troupes turques dix fois supérieures 
en nombre aux nôtres, anéantirent l'armée 
hongroise, les hommes d'État crurent rendre 
service à leur patrie en offrant le trône vacant 
de Louis II -tombé dans la bataille, aux Habs- 
bourgs, qui jouaient un rôle prépondérant dans 
l'Empire allemand. Ils espéraient gagner par 
là un aide puissant à l'Ouest contre l'ennemi 
de l'Est. Ce calcul fut fatal à la Hongrie. Les 
Habsbourgs, catholiques et autocrates, voulaient 
étendre leur pouvoir complet et absolu sur 
toute l'Europe catholique. Par contre, les Hon- 
grois, libéraux par nature, s'accoutumèrent dès 
le commencement à la constitution et ils furent 
les premiers à adopter le protestantisme. C'est 
pourquoi les rois Habsbourgs, au lieu de déve- 



lopper les forces du pays les comprimèrent et 
puisqu'ils considéraient les Hongrois comme 
des entraves à leur but, ils firent tous leurs 
efforts pour les exterminer. Glaives, galères 
furent leurs moyens de répression contre les 
nobles et les prêtres récalcitrants. Non seule- 
ment on commença à favoriser et à coloniser 
les étrangers, mais aussi à démagyariser les 
Hongrois de langue magyare, et des provinces 
entières furent submergées par ce flot de na- 
tionalités. Cette politique appliquée non seule- 
ment en Hongrie, mais aussi dans d'autres 
pays a pris sa revanche sur la dynastie des 
Habsbourgs. Ils perdirent, l'une après l'autre, 
l'Espagne, la Hollande, l'Allemagne, l'Italie, et 
le dernier chapitre de leur histoire se déroule 
en ce moment. Non seulement ils ont perdu 
la partie de la Hongrie opprimée pendant des 
siècles, que les Hongrois ont pu sauver malgré 
leurs rois, mais aussi toutes les nationalités, 
qu'ils ont protégées et rendues florissantes, 
les Tchèques, les Croates et les Roumains, 
qui furent les premiers à les délaisser. 

IL La Situation juridique et politique des 
Nationalités en Hongrie. 

Après cet aperçu historique, ceux qui ne 
connaîtraient pas la situation de la Hongrie, 

3 



pourront facilement s'expliquer ce fait incon- 
cevable à des étrangers, que, dans un pays, ce 
soit la nation formant l'Etat qui puisse se 
plaindre d'oppression et qui ait moins de 
droits que les étrangers vivant sur son terri- 
toire. Les agents provocateurs de nos natio- 
nalités, qui ont payé d'ingratidude notre hos- 
pitalité et qui voulaient déchirer la Hongrie, 
nous ont calomniés en prétendant que chez 
nous les nationalités étaient opprimées. Il 
n'existe ni en Europe, ni dans le monde entier 
aucun Etat où les nationalités jouissent d'au- 
tant de droits qu'en Hongrie, et si la question 
des nationalités doit être résolue de la même 
manière pour tous les États dans la Société 
des Nations du Président Wilson, les Hon- 
grois lui en seront infiniment reconnaissants, 
car cela ne pourra qu'améliorer leur situation 
dans leur propre pays. Aujourd'hui le fait est, 
qu'en Hongrie il existe une complète égalité 
politique pour toutes les nationalités, la langue 
maternelle ne portant préjudice à personne. 
Par contre, jusqu'aux dernières élections, les 
circonscriptions électorales étaient réparties 
de telle façon, que dans les provinces habitées 
en majeure partie par des Hongrois, une seule 
circonscription correspondait à beaucoup plus 
d'électeurs que dans les régions pleines de 
nationalités. Sur 413 circonscriptions les Hon- 



grois sont dans 216 en majorité absolue. Dans 
une de ces circonscriptions composée de 
45.000 habitants 3372 sont électeurs, tandis 
que dans 95 autres il y a un député pour 
3900 habitants dont 2932 sont électeurs. Le 
préjudice causé aux Hongrois, si nous prenons 
eu considération les circonscriptions munici- 
pales, est encore plus visiblement démontré 
par ce contraste. Dans ces 56 circonscriptions 
où les Hongrois sont en majorité, il y a un 
député pour 36.000 habitants, dont 3860 sont 
électeurs, tandis que dans 15 circonscriptions 
municipales où ils sont en minorité, il n'y a 
que 21.000 habitants, dont 1771 sont élec- 
teurs. Ainsi ces premières, qui ont 1,7 fois 
plus d'habitants et 2,8 fois pîus d'électeurs 
que les autres, envoient un seul représentant 
au Parlement. 

" Quant à l'usage de la langue maternelle, 
l'autonomie est absolue dans les communes. 
C'est de la communauté que dépend le choix 
de la langue, qui doit être en usage Dans les 
comitats et dans les assemblées départemen- 
tales on a le droit de parler n'importe quelle 
langue; mais la langue officielle est le hon- 
grois, de même qu'au Parlement. 

Aux tribunaux, dans les affaires privées 
et la tenue des livres commerciaux, tout 
le monde peut employer la langue qui lui con- 

3* 



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vient. Dans les Églises et dans les écoles, le 
choix de la langue est également libre, sauf 
pour les Hongrois de religion grecque-catholique 
et grecque-orientale auxquels il est interdit, 
aux rites, de se servir de leur langue mater- 
nelle ; quoique les Ruthènes, les Roumains, les 
Serbes puissent le faire librement et que les 
Croates catholiques puissent officier dans leur 
propre langue. Pourtant l'Etat hongrois sub- 
ventionne dans une proportion beaucoup plus 
élevée les Eglises non hongroises. La propor- 
tion est de 1 à 3 au préjudice du peuple 
hongrois. Les chefs des Eglises grecque- 
orthodoxe et grecque-orientale, dont les fidèles 
sont pour la plupart de diverses nationalités, 
touchent un revenu princier des domaines 
qu'ils ont reçus de l'État hongrois. Le domaine 
épiscopal grec-orthodoxe de rite roumain de 
Nagyvârad seul, s'élève à 20 mille arpents 
de terre cadastrale, mais les chefs des Egli- 
ses protestantes composées pour la plus grande 
partie de Hongrois, ne reçoivent aucune dota- 
tion de l'Etat. 

Voilà en réalité, comment nous opprimons 
les citoyens hongrois de race étrangère. C'est 
ainsi que le Hongrois traite les nationalités. 

Voyons maintenant comment les nationalités 
traitent les Hongrois. 



11 



III. La Situation des Hongrois en Croatie 
et sur les territoires des Nationalités. 

L'Empire hongrois a donné une vaste auto- 
nomie à une partie située entre le Danube, la 
Save et la Drave et qu'on nomme par erreur 
la Croatie. Les Serbes et les Croates ne re- 
connaissent pas aux Hongrois, habitants de 
cette contrée, le droit d'avoir des écoles hon- 
groises. Les Hongrois, qui s'y sont établis et 
même leurs descendants nés là-bas, ne peu- 
vent y avoir un domicile légal. Il existe des 
communes, dont le plus grand nombre des ha- 
bitants sont Hongrois, sans que ceux-ci puis- 
sent prendre part à l'administration commu- 
nale, ni bénéficier de l'usufruit des biens com- 
munaux. Par le fait que la laugue hongroise 
est interdite dans l'exercice des religions 
grecque-catholique et grecque-orientale, les 
prêtres des nationalités ont une arme formi- 
dable entre les mains, dont ils se servent puissam- 
ment en assimilant les Hongrois à leurs na- 
tionalités. L'État hongrois ayant enfin établi 
un nouvel épiscopat pour une partie des grecs- 
catholiques de langue hongroise, leur lan- 
gue devenait sinon la langue liturgique, du 
moins la langue de prédication et d'admini- 
stration ; ce fait explique l'indignation avec la- 
quelle les Roumains ont accueilli les mesures 



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prises par l'Etat hongrois. LJne preuve écla- 
tante de cette indignation fut l'attentat commis 
contre l'évêque hongrois, attentat qui manqua son 
but, mais fit quatre victimes. Ce crime, soutenu 
par les autorités roumaines, fut digne de celui 
de Serajevo qui déclencha la guerre mondiale. 
C'est ainsi que les nationalités traitent les 
Hongrois. 

IV. La Situation et les Aspirations légiti- 
mes des Nationalités. 

Il faut que nous nous occupions encore de la 
répartition des nationalités et de leurs véri- 
tables aspirations. 

a) Les Croates. 

L'exemple le plus caractéristique est celui 
des Croates. A l'époque de la conquête de la 
Hongrie, aucun Croate n'habitait encore le 
territoire appelé actuellement la Croatie, sauf 
dans la région de Piume. Les Croates suffi- 
samment organisés habitaient à cette époque 
la partie nord-ouest de la Bosnie actuelle. 
Au moment de la conquête, ce furent les 
Hongrois qui vinrent s'établir entre la Drave 
et la Save. Si nous comparons les noms des 
communes d'aujourd'hui à ceux des communes 
de jadis, on pourra constater que les noms 



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actuels ne sont que les dérivations de noms 
purement hongrois. Zâbrâg est devenu Zagreb, 
Varasd— Varasdin, Pozsogô— Pozsega, Valkô- 
vâr — Vukovar, Zimony — Zemun, Bikszâd— Bi- 
sag, Szentgyôrgy— -Gyurgyevac, Bélavâr — Belo- 
var, Németi— Nemeti, Marôt— Morovi, Arki — 
Hrtkovci, Ujlak— Ilok, Erdôd— Erdut, Kôlpény 
Kupinov, Deâkivâr — Djakovar. Ces noms hon- 
grois se sont conservés sans être modifiés 
jusqu'au XVI e siècle, c'est-à-dire jusqu'à l'in- 
vasion des Turcs en Bosnie. A côté de ces 
noms il y en a encore un grand nombre qui 
sont restés jusqu'à nos jours purement hon- 
grois, par exemple Kevevâr, Dombrô, Mo- 
noszlô, Csiïtortokhely, Ko var, Ôvâr, Bêla, 
Szent-Demeter, Nagyolasz, Arpatarlô etc. 

A mesure que les Turcs gagnaient du terrain 
en Bosnie, les Croates et les Serbes traversant 
la Save et la Culpa, trouvèrent un accueil 
amical chez les Hongrois qui les assurèrent 
même par des écrits, qu'ils seraient considérés 
comme des hôtes et que si le danger turc 
disparaissait, ils pourraient retourner dans leur 
pays. Le proverbe hongrois dit: «Accueille le 
Slovaque dans ta maison, il t'en chassera» : 
tel fut le sort des Hongrois. A l'ouest entre 
la Save et la Dr ave, ce furent les Croates qui 
s'établirent, à l'est, les Serbes et, comme ce 
territoire tomba entièrement sous la domina- 



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tion turque, les rapports directs avec la Hon- 
grie cessèrent également. Après l'expulsion des 
Turcs ce ne fut pas le Hongrois, mais r Alle- 
mand qui devint le maître et celui-ci fidèle 
à ces principes opprimant les Hongrois de 
toutes les manières, rendit maîtres les Croates 
à l'ouest, tandisqu'à l'est, à la frontière, ii 
établit, une* zone militaire sous la complète 
domination allemande. Jusqu'à cette époque, 
les Croates et les Serbes vivaient en grande 
fraternité avec les Hongrois, mais à partir de 
ce jour commencèrent les tendances sépara- 
tistes des Croates et la haine systématiqne- 
ment nourrie contre les Hongrois. Ce fut en 
1848, juste au moment où les Hongrois accor- 
dèrent le droit d'égalité à tous les peuples 
sans en excepter les nationalités, que le gou- 
vernement autrichien incita les Croates à 
prendre les armes contre les Hongrois, mais 
ils furent battus. L'année suivante les Hon- 
grois perdirent la guerre contre les Autrichiens, 
n'étant pas en assez grand nombre pour ré- 
sister aux Russes venus au secours des 
Autrichiens. Après 18 années de souffrances 
ils se réconcilièrent en 1867 avec leur roi et 
reconquirent par ce fait le droit de disposer 
d'eux-mêmes ; au lieu d'infliger une juste pu- 
nition aux Croates et aux Serbes, ils se mon- 
trèrent généreux envers eux et les invitèrent 



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à exprimer franchement leurs desiderata et 
à devenir de fidèles enfants de la patrie. C'est 
d'après les désirs qu'ils exprimèrent que s'éta- 
blit l'accord de 1868 donnant aux Croates une 
large autonomie, en traçant en même temps 
minutieusement le territoire sur lequel cette 
autonomie serait valable. Cette générosité ne 
porta pas ses fruits; au contraire, l'indulgence 
ne fit que les stimuler à employer la ruse 
qui eut pour conséquence le manifeste de 
séparation du 12 octobre 1918. 

Que ce soit un mémento non seulement pour 
les* Hongrois, mais aussi pour nos citoyens 
non Magyars. Car les événements actuels 
montrent déjà suffisamment le sort tragique 
des Croates. Ceux-ci travaillèrent pendant de 
nombreuses années à, établir une Grande- 
Croatie composée des provinces croates, Slo- 
vènes, bosniaques, dalmates, herzegovines sous 
la domination des Croates, qui avaient l'inten- 
tion de tout croatiser. Au contraire, ce sont 
les Serbes qui établissent une Grande Serbie, 
laquelle sera le tombeau des Croates. 

b) Les Slovaques. 

Le territoire qu'habitent à présent les Slova- 
ques, a deux millions d'âmes de cette natio- 
nalité. Nous trouvons démontré par les docu- 
ments, que le comitat de Trencsén était encore 



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inhabité au XI e siècle. Le nord de ce 
même comitat resta inhabité jusqu'à la fin 
du XII e siècle. Les Slovaques ne vinrent s'éta- 
blir dans le comitat d'Arva qu'au XIV e siècle. 
Même de nos jours la plus grande partie 
des habitants de ce comitat ne sont pas des 
Slovaques, mais des Polonais immigrés au 
XVI e siècle. Toute une série de documents 
prouve que dans le comitat de Lipto, les pre- 
miers colons furent des Hongrois et que ce 
n'est que plus tard, que des bergers slovaques 
s'y infiltrèrent. Le nombre des habitants hon- 
grois et allemands de toute cette contrée^du 
nord diminua au XV e siècle, lorsque les hus- 
sites tchèques ravagèrent ce pays. C'est en 
ces temps que les Slovaques s'emparèrent de 
Rôzsahegy et de Német-Lipcse, villes habitées 
jusqu'alors par des Allemands. Les Slovaques 
eux-mêmes ne furent pas enchantés de l'inva- 
sion tchèque et même encore aujourd'hui la 
femme slovaque quand elle veut faire peur 
à son enfant pour le punir, lui dit: «Svehla 
t'emportera» (Svehla est le nom dun des 
chefs des bandits tchèques). Le recensement 
de l'an 1495 nous prouve encore que les Slo- 
vaques ne sont que des immigrés dans la 
contrée réclamée aujourd'hui par des Tchèques, 
puisque à cette époque il n'y avait dans les 
comitats Trencsén, Ârva, Turôc, Lipto, Zôlyom 



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sur un territoire de 13.000 km. carré que 
7180 fonds contribuables. Ce nombre peu con- 
sidérable s'élève à celui de 630 mille âmes 
qu'il ne compte de nos jours qu'au moyen 
d'immigration. Dans les autres régions de la 
Hongrie (Nyitra, Hont, Nôgrâd, Pest, Pozsony,, 
Bars, Csongrâd, Békés, Sâros, Ung, Zemplén, 
etc.) les Slovaques ne s'établirent qu'à la fin 
du XVII e siècle. Dans ces contrées 750.000 
Slovaques, c'est-à-dire 37*5°/ de la totalité 
vivent dispersés parmi les autres nationalités ; 
les principes de Wilson ne peuvent leur être 

appliqués. 

c) Les Roumains. 

Les Roumains menaient encore dans les 
montagnes d'Albanie leur vie de pâtres à 
l'époque de la conquête de la Hongrie. Ils 
n'ont rien de commun avec les soldats romains 
de Trajan. Il suffit, pour le prouver, de se 
rappeler que le règne romain ne dura en 
Transylvanie que 180 ans et que pendant cette 
période ils ne dominèrent que sur quelques 
parties de ce territoire, qu'ils évacuèrent l'an 276. 
Si les Roumains d'aujourd'hui étaient les des- 
cendants de Trajan, il nous faudrait retrouver 
quelque inscription, monument ou épitaphe qui 
nous le prouve. Jusqu'à l'an 1208, époque où 
les Roumains vinrent s'établir en Transylvanie 
pour la première fois, c'^st-à-dire 800 ans 



après l'évacuation des Romains, rien n'atteste 
que les Roumains soient les descendants des 
Romains. Par contre l'histoire nous démontre 
comment les Roumains passèrent aux VI e et 
VII e siècles de l'Italie à l'Albanie d'aujourd'hui, 
de l'Albanie en Thessalie au X e , puis au 
XII e siècle on les retrouve en Macédoine et 
en Thrace. Ils ne traversèrent le Danube qu'au 
XII 3 siècle et c'est alors qu'ils envahirent gra- 
duellement la Roumanie d'aujourd'hui. 

L'histoire des Roumains en Transylvanie 
commence en 1208, époque à laquelle le roi hon- 
grois Bêla III les appela pour les établir dans les 
eomitats de Szeben et Fogaras. Dès cette époque- 
là, l'infiltration s'étendit de plus en plus vers 
l'intérieur de la Hongrie et ils s'établirent 
comme serfs agriculteurs ou comme pâtres. 
Ce fut en 1335 qu'on les colonisa dans le comi- 
tat de Mâramaros et, au milieu du XVII e siècle, 
dans celui de Ternes. Toutes ces colonisations 
étaient limitées. Les grandes masses ne péné- 
trèrent qu'au XVIII e siècle sur le territoire 
dévasté par les Turcs. Les Roumains, peuple 
de bergers, vécurent dans les montagnes. 
Durant les guerres séculaires, tandis * que les 
Hongrois, qui habitaient les plaines et les 
vastes vallées, périssaient sur les champs de 
bataille et dans leurs foyers, les Roumains qui 
en vertu des lois hongroises n'étaient pas tenus 



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d'être soldats, purent se multiplier dans leurs 
paisibles montagnes. 

d) Les Serbes. 

Au temps de la conquête hongroise, la Bul- 
garie séparait encore les Serbes du Danube. 
Jusqu'à l'an 1459 les Serbes habitant la 
Hongrie, étaient disséminés dans le pays. C'est 
alors que les Turcs conquirent définitivement 
la Serbie, dont les habitants se sauvèrent en 
masses et vinrent s'établir en Hongrie avec 
leur chef Georges Brankovics sur le territoire 
de la Slavonie d'aujourd'hui. Ils ne commen- 
cèrent à s'établir entre le Danube et la Tisza 
qu'en 1526. Les Serbes et les Hongrois vivaient 
alors en parfait accord. En 1690, sous le com- 
mandement du patriarche Arsène Tchernovics r 
environ 200.000 Serbes de l'ancienne Serbie, 
après avoir été totalement ruinés dans leur 
propre pays, vinrent demander l'hospitalité à la 
Hongrie. Us y trouvèrent un abri, des terres, 
ils purent librement pratiquer leur religion et 
il leur fut promis qu'ils pourraient retourner 
en paix ^clans leur patrie, lorsque celle-ci se- 
rait affranchie. Mais ils n'y retournèrent plus. 
Ils vécurent heureux sur le sol hongrois, leur 
nombre augmenta, leur fortune prospéra. 



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e) Les Ruthènes. 

Les 430.000 Ruthènes qui habitent au nord 
de la Hongrie, furent toujours fidèles à la 
patrie hongroise. Ils participèrent aux bon- 
nes et aux mauvaises fortunes des Hongrois, 
sans se plaindre detre opprimés ; ce qu'ils ne 
furent d'ailleurs pas. Ils se sont infiltrés spo- 
radiquement dans notre pays. D'après les do- 
cuments, leur demeure d'aujourdhui, les contrées 
de hautes montagnes des comitats de Ung, 
Bereg, Mâramaros, étaient encore inhabitées 
à la fin du XIII e siècle. Ce n'est qu'au com- 
mencement du XIV e siècle, que les premiers 
colons ruthènes s'établirent dans les parties 
extrêmes nord de ce territoire. Ils ne descen- 
dirent vers les endroits plus peuplés qu'après 
les guerres du XVII e siècle, où Ton voulait 
exterminer la race hongroise. Les Ruthènes 
qui se trouvent dans les comitats de Zemplén, 
Abauj, Ugocsa ; Szatmâr, Szabolcs, Bâcs- 
bodrog, n'y pénétrèrent qu'au commencement 
du XVIII e siècle. 

f) Les Allemands. 

C'est aussi par immigration que les Alle- 
mands entrèrent dans notre patrie. Au 
XII e siècle déjà les Allemands tendaient à se 
répandre vers Test. C'est alors que le roi 



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Géza colonisa une partie des Saxons en Tran- 
sylvanie et l'autre fut colonisée au XIII e siècle 
par Bêla III. C'est à cette époque que la 
contrée de Szepes fut peuplée par les Alle- 
mands. L'origine des colonies allemandes du 
voisinage de Kormôcbânya date d'après l'inva- 
sion des Tartares., Des Allemands de Wur- 
temberg s'établirent au XVI e siècle dans les 
comitats de Pozsony et Moson. Après l'expul- 
sion des Turcs de la forteresse de Buda, le 
souverain, fidèle à sa politique bien connue, 
établit aux alentours de Budapest, centre du 
pays, un grand nombre d'Allemands. Les 
parties sud de la Hongrie ne furent délivrées 
de la servitude turque qu'au commencement 
du XVIII e siècle. Les habitants hongrois, ex- 
terminés pendant les années de servitude fu- 
rent remplacés par des Allemands d'Alsace, 
de Baden et de Wurtemberg que le régime 
autrichien y établissait. Dans les mêmes 
temps il établit un grand nombre d'Allemands 
dans les domaines ecclésiastiques des comitats . 
de Baranya et Toîna. 

g) Les Petites Nationalités. 

La colonisation des Bulgares, des Vendes, 
des Polonais, des Arméniens etc. qui sont en 
très petit nombre, est également établie histo- 
riquement. 



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h) Les Juifs. 

Il serait intéressant d'étudier l'infiltration 
continuelle des Juifs qui a lieu sous nos yeux ; 
leur exemple démontre suffisamment comment 
a pu se faire celle de ces peuples sur de 
vastes territoires, où ils sont aujourd'hui 
établis en majorité absolue. 

Jusqu'au milieu du XVIII e siècle il n'y avait 
presque pas de Juifs en Hongrie. Après la di- 
vision de la Pologne et sous la pression des 
Russes commença leur immigration au sud. 
Leurs premières stations furent les villages 
des montagnes -frontières du nord, puis ils 
avancèrent de village en village vers la plaine. 
A la fin du XVIII e siècle ils vivaient encore 
dans les montagnes ; au milieu du XIX e siècle 
ils se répandirent jusqu'à la rive droite de 
la Tisza, et à la fin de ce même siècle on les 
trouve en grand nombre dans les villes de la 
grande plaine hongroise. Pendant ce temps ils 
devinrent si nombreux le long des frontières 
du nord, qu'ils forment dans les villes 20—30 
—40% de la population, et même dans cer- 
tains villages constituent une majorité. Dans 
ce cas ils se mettent au dur travail du la- 
bour, leur grand nombre ne leur permettant 
pas de gagner leur vie par le commerce, 
qui est en quelque sorte leur occupation 
nationale. 



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Nous pouvons terminer cet essai par notre 
point de départ. A la fin du IX e siècle, au mo- 
ment de la conquête du pays, sur le territoire 
appelé actuellement la Hongrie, aucun peuple 
ne formait un Etat. Le premier qui en ait 
formé un sur ce sol, fut le Magyar. Tous les 
peuples non magyars, qui se trouvent actuel- 
lement en Hongrie, ne s'y sont établis que 
plus tard. Ils sont venus, dans notre pays 
comme réfugiés pour y chercher une meil- 
leure existence et là ils trouvèrent un foyer 
hospitalier. 11 est bien naturel que le Hongrois 
qui constitue la race dominante dans le pays, 
ait assimilé beaucoup d'étrangers qui sont 
devenus Magyars par la langue et par le 
coeur. La grande quantité des noms étrangers 
le prouve. Mais l'assimilation se fit dune 
manière pacifique, comme dans tous les pays 
d'Europe ou d'Amérique accueillant des étran- 
gers. Même si cela n'avait pas répugné aux 
Magyars, ils n'auraient pu assimiler par la 
violence les peuples étrangers, les rois Habs- 
bourgs s'y seraient opposés, leur politique 
étant d'empêcher toute assimilation avec les 
Hongrois. 

Des preuves bien significatives sont celles-ci, 
que les nombreuses communes devenues rou- 



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raaines, slovaques, ruthènes, croates étaient à 
leur origine peuplées par des Hongrois, ce qui 
peut être démontré par des documents et que 
des sujets d'origine française établis au XVIII e s. 
au sud de la Hongrie sont devenus non pas 
Hongrois, mais Allemands. 

Rien ne prouve mieux que l'accusation 
portée contre nous d'opprimer les nationalités 
est une ,pure calomnie, que le raisonnement 
suivant : S'il est vrai que toutes les nationalités 
qui se trouvent en Hongrie y avaient été étab- 
lies avant les Hongrois, si elles avaient été 
asservies par eux pendant dix siècles, n'au- 
raient- elles pas été complètement anéanties? 
Au contraire, on voit que les peuples ont pros- 
péré en nombre et en fortune. Les Allemands, 
qui ont immigré il y a 800 ans à Szepes et 
en Transylvanie, ont conservé leur nationa- 
lité ainsi que les Slovaques, qui se sont établis 
chez nous. 

A l'époque du mouvement pangermaniste, 
le monde entier fut rempli des cris des Saxons 
de Transylvanie, qui prétendaient être opprimés 
par les Hongrois comme le font maintenant 
les Roumains, les Croates, les Serbes. Eux 
aussi voulaient se séparer de la Hongrie. 
L'oppression n'était pas, paraît — il, bien cruelle, 
puisqu' à présent ayant l'occasion de se sé- 
parer de la Hongrie tant calomniée, ils se 



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rangent à ses côtés et protestent contre l'an- 
nexion tchèque, roumaine et croate. 

Les Roumains de la Hongrie ont eux-mêmes 
reconnu le 14 nov. 1918 qu'ils ne veulent 
prendre possession de la Transylvanie que 
pour ses richesses. Il est certain que le but 
des Tchèques n'est pas l'union avec les Slo- 
vaques qui leur sont apparentés, car d'après 
ce principe ils pourraient s'assimiler aux Po- 
lonais. L'une et l'autre n'est qu'une politique 
de bandit. La terre qu'ils veulent accaparer 
aujourd'hui a été conquise en vertu du droit 
du premier occupant par le peuple hongrois; 
il l'a préservée par sa vaillance contre les 
nombreuses attaques, le travail hongrois l'a 
rendue fertile et le capital hongrois " riche. 
Il n'y a pas de documents au monde montrant 
leurs frontières et attestant que sur le territoire 
hongrois il ait existé un pays slovaque ou 
roumain. 



1. Carte ethnographique dë r Hongr§e actuelle 



Carte ethnographique de la Bohême 



L'élément magyar habite le centre le plus 
peuplé (les plaines et les collines) et les villes ; 
les autres nationalités l'entourent dispersées 
pour la plupart aux montagnes. C'est pour- 
quoi leur territoire moins peuplé a l'air 
prédominant sur la carte, ce qui n'e- 
xiste pas en réalité. Les segments 
font voir la vraie proportion 
des langues parlées en 
Hongrie. 




Magyars 
Allemands 
Slovaques 
Polonais 

i . „J i. ,"///,,/./ • 
I I Serbes 
Croales 
Slovènes 
Inhabité 



Sur l'original dont la carte présente est 

copie fort réduite, le territoire de chaque 

mune est divisé d'après la proportion des 

nationalités qui l'habitent. Le minimum du 

pourcentage marqué sur la carte est 10 pour 

les villages, 5 pour les villes, 2 pour Budapest. 



'nains ^ & 



Cartes ethnographiques de la Hongrie 



à l'époque de la conquête hongroise 




à l'époque du roi Mathias 



Légende: 
'//* Magyars 



après l'invasion tartare 







Densité de la population à l'époque 
delà „sanctfon pragmatique" 





Publications 

de la ligue pour l'intégrité territoriale 

de la Hongrie: 

The American peace and Hungary 

by CL Albert Apponyi. 

A plea in support of Hungary's territorial integrity 
by Consul gênerai E. Ludwigh. 

The case of Hungary in the lîght of statements of 
British and American statesmen and authors 

by Eugen Pivânyû 

Hungary before, during and after the great war 

by Julius Altenburger. 

The territorial integrity of Hungary and the league 
of nations 

by Baron Julius Wiassics. 

La vérité sur la Hongrie et sur la politique magyare 

par Guillaume Piôhle. 

L'intégrité territoriale de la Hongrie au point de vue 
du chemin de fer 

par Cornel de Tolnay. 

Strasbourg-M*tz, Presbourg-Kassa 

par Alexandre Pethô. 

La Hongrie avant, pendant et après la guerre mondiale 

par Jules Altenburger. 



The question of the territorial integrity ^ °° 

from the standpoint of commercial p =^^= ui ^ 

by Baron Williams llj^^^^ 

. > ^^^ Q 10 

Waterways, hydraulic powers and territor 2=^==.. ° 

of Hungary 5 -^g - 1 

by Edward Vicziân. Q ====== w o 

La verità sull Ungheria e sulla politica 1 Sj^BË*î * 

di Guglldmo Prôhle. -j o 

i dirïtti storicî délia nazione ungherese pe g § 

territoriale del suo paese o S 

estratto dal libro de* kjluvuum, 
Karâcsonyi. 



Truth about Hungary, extracts from the papers of: 
R. Townson, F. S. Beudant, B. F. Tefft, Elisée 
Reclus, T. S. Dymond, Knatchbull-Huggessen, E. 
Doumegue 



La vérité sur la Hongrie, extrait des écrits de : F. S. 
Beudant, Elisée R> dus, E. Doumergue, R Townson, 
B. F. Tefft, T. S. Dymond, Knatchbull-Huggessen 

La question de nationalité en Hongrie 

par Ârpâd de Gâlocsy. 



Hungarian railways and territorial integrity 

by Cornel de Tolnay. 



Les divers mouvements nationaux tchèques en Hongrie 

par Jean Gerô. 

L'integrità territoriale deir Ungheria dal punto di 
vista délie ferrovie 

di Cornel de Tolnay. 



Imprimerie de la Société Pallas.